Terminale Bac Pro, Français, séquence 1 : Utopie, dystopie, mondes alternatifs

Publié le par Claude Keryhuel

Dessin de Matthieu Bonato (https://payload.cargocollective.com/1/8/28(6971/5165442/DYSTOPIE_1280_1280.jpg)

Sommaire de la séquence : 

A/ Utopie

1) "Utopie" de Thomas More

2) "Auroville", reportage TV

3) "Vivre sans argent", reportage TV

B/ Dystopie

4) "Minority Report" de Philip K. Dick

5) "Bienvenue à Gattaca" de Andrew Nicoll

6) "Divergente" de Veronica Roth

Dans cette séquence, on va aborder des notions parfois abstraites (utopie/dystopie...) qui décrivent des mondes parfois imaginaires parfois tentés mais dont l'observation nous amène à réfléchir sur le nôtre. Entre continuité et bouleversements, nous sommes, aujourd'hui particulièrement, obligés de repenser le monde que nous souhaitons léguer à nos descendants. Cette séquence va nous aider à y réfléchir en observant plusieurs situations, imaginées par des écrivains, des peintres, des philosophes mais aussi par des acteurs de terrains, des personnes qui essayent, à leur façon, de réaliser leur utopie personnelle et collective.  

A/ D'abord l'utopie :

1) Ce texte de Thomas More est capital dans l'histoire des pensées en occident cat il est fondateur d'une idée qui perdure jusqu'aujourd'hui, celle d'un monde parfait qui n'existe pas mais vers lequel tout être humain devrait tendre. Créateur du terme d'utopie en 1516, Thomas More est un personnage central dans la création du courant humaniste de la Renaissance, au même titre que Léonard de Vinci, Galilée ou Montaigne.

"Chancelier du roi Henri VIII, Thomas More se désole des moeurs de son temps : corruption, abus, racket sont monnaie courante dans une société féodale sur le déclin. Il rêve d'un autre monde, une république exemplaire, où la propriété individuelle et l'argent seraient abolis et les citoyens gouvernés par la raison et la vertu... Publié en 1516, ce texte aux accents résolument modernes brosse le tableau d'une société anglaise décadente pour mieux introduire le lecteur à un univers débarrassé des faux-semblants et de l'injustice. Rêve de philosophe ou de fou, l'île d'Utopie fascine par son projet égalitaire, dont la réalisation est aussi séduisante que les dérives" dangereuses. (FNAC livres)

- extrait de la page 16 de votre manuel de Français (Lelivrescolaire.fr)

Exercice d'écriture :

Recherchez les éléments du champs lexical du couple Justice et Egalité ainsi que celui du Bonheur, présentez-les et dites ce que vous en pensez dans un paragraphe synthétique en vous appuyant sur le monde d'aujourd'hui et argumentant vos propos à l'aide d'exemples tirés de vos connaissances.

2 ) Puis, en cliquant ici, vous regarderez un reportage sur une utopie réalisée, la cité d'Auroville, en Inde. 

Questions : 

a/  Sur quelles valeurs se fonde la cité d'Auroville ?

b/ Quels rapports évident pouvez-vous établir entre la vision de Thomas More et les valeurs portées par la communauté d'Auroville ?

On le voit bien en comparant ces deux situations distantes de plusieurs siècles, le rapport à l'argent est fondamental dans le système de pensée occidental. Mais les inégalités qui découlent d'un modèle de société basé sur la possession individuelle provoquent régulièrement et depuis longtemps des réactions de rejets qui débouchent sur des initiatives individuelles et collectives telles qu'on vient de l'étudier.

3) Pour aller plus loin, vous allez regarder en cliquant ici un reportage sur une expérience en cours en France aujourd'hui (il en existe d'autres) et nous allons déterminer les limites de telles expériences.

Questions :

a) Dites quels sont les avantages et les inconvénients d'un tel fonctionnement au quotidien.

b) Sur quelles limites ce genre d'expérience butterait-elle si on devait la généraliser ?

Pour les plus courageux et/ou les plus motivés, un très beau reportage sur une famille qui assume pleinement sa vision décalée du monde.

 

B/ Puis la dystopie :

Genre littéraire devenu majeur ces dernières années, les récits dystopiques dépeignent des sociétés imaginaires organisées de telles façon qu'on ne puisse échapper à une autorité qui s'efforce de retirer à l'être humain tout libre arbitre, toute faculté de décider de son avenir. Société post-apocalyptique, dictature ou anarchie destructrice, les récits sont désormais nombreux à être déclinés en séries ou en film.

Mais le premier à avoir marqué les esprits est sans doute 1984 de George Orwell publié en 1949, au début de la Guerre Froide. Décrivant une société contrôlée par un régime totalitaire (à mi-chemin entre Stalinisme et Nazisme) après une guerre nucléaire, les pensées de chacun sont surveillées et on lit partout sur des affiches que "Big Brother is watching you !" Un classique du genre !

4) Le texte que nous allons étudié reprend la thématique du contrôle des esprits et est tiré du roman de Philip K. Dick, un autre maître du genre, dont est inspiré le film Minority Report

- extrait de la page 18 de votre manuel de Français (Lelivrescolaire.fr)

Questions : 

a) Relevez dans le texte les éléments qui décrivent les lieux de l'action. Quelles impressions se dégagent alors ? 

b) Quelle est la conception de la Justice qui se dessine ici ? Aidez-vous du champ lexical développé pour formuler une réponse argumentée.

 

5) Comme dans 1984 d'Orwell, la société de Minority Report est scrutée en permanence pour assurer la plus grande sécurité de tous.

Dans un autre récit dystopique, Bienvenue à Gattaca, les enjeux sont poussés encore plus loin. Film sorti en 1997, le héros doit faire face aux règles instituées par le pouvoir qui sélectionne génétiquement les enfants pour en faire l'élite de la société. Les enfants nés "naturellement" sont condamnés à exécuter des tâches subalternes. Cette pratique de sélection génétique des enfants, appelée eugénisme, a été initiée de façon pratique par les nazis à partir des années 1930 et a abouti à la destruction programmée d'une partie de la population, jugée inférieure. 

"Ce film est d’un genre bien particulier, celui de l’anticipation ; lié au genre de la science-science, dans la mesure où il fait référence à un futur plus ou moins proche. Ce choix nous fait comprendre de manière plus évidente que ce film n’est finalement pas si utopique que cela, et nous situe alors le film dans une réalité proche où tout ce que l’on voit est transposable aujourd’hui, des décors jusqu’aux questionnements sur les dangers et limites de la génétique moderne.

Dans Bienvenue à Gattaca, ce futur est marqué par le pouvoir qu’ont les hommes dans cette société où le hasard n’a plus sa place, de choisir et contrôler les génotypes des futurs nouveaux-nés, dans le but de créer un être se rapprochant de la perfection et ce, sur tous les plans : aussi bien physique que mental. Ainsi la Génétique a pris le pouvoir dans cette société prônant la perfection, et classe les individus en deux catégories : les «valides», conçus par sélection de leur meilleur génotype possible dont tous les défauts sont éliminés avant la naissance, et les «invalides», conçu sans assistance de manière totalement naturelle.

Vincent, le héros de ce film, est le fruit d’une conception naturelle, et donc invalide : il est plus susceptible de contracter des maladies ainsi que d’être promis à une mort précoce. Il est poussé par son rêve d’enfant qui n’est autre que celui qu’offre la société GATTACA qui entreprend des voyages dans l’espace. L’une des premières difficultés qui se heurte à lui, n’est autre que le fait que seul les meilleurs des «valides» sont admis. Mais Vincent ne baisse pas les bras et poursuit son, rêve avec l’aide précieuse de Jérôme Eugène Morrow, un «valide» paraplégique à la suite d’un accident. Il usurpe son identité par un lourd échange quotidien de cellules corporelles, parvient ainsi à tromper le système mis en place par les autorités, et entre dans la prestigieuse société de GATTACA. Malheureusement pour lui, l’obscur assassinat du Directeur de la Cité des Étoiles vient bousculer son rêve : les contrôles d’identités se voient renforcés, et les analyses génétiques multipliées. Toutefois il trouve une alliée en la personne d’Irène, une «  valide  » dont il tombe amoureux.

Dans ce parcours du combattant, Vincent comprend rapidement que malgré les gênes inscrits dans son sang à la naissance, rien n’est écrit, et tout est possible. Il est guidé par sa volonté et comprend que celle-ci transcende la génétique : elle est la clef de la réussite. La génétique ne peut pas déterminer un être, sa personnalité, sa place dans une société et son avenir.

Le thème principal du film Bienvenue à Gattaca est assurément celui du biocontrôle, permis par la manipulation génétique in vitro. Il s’articule autour d’une citation du prix Nobel de médecine James Watson, qui a reçu le prix en 1962 avec Wilkins et Crick (ils ont découvert la double hélice de l’ADN) : « Nous avons longtemps pensé que notre futur était dans les étoiles, maintenant nous savons qu’il se trouve dans nos gênes « . Le film alimente un véritable débat sur l’éhtique des manipulations génétiques, en posant ses extrêmes et ses limites. En se demandant quel sera le destin de l’homme poussé par sa quête prométhéenne du pouvoir ? Le signataire novice de ce chef d’œuvre souligne alors le rendu supposé idéal d’un monde aseptisé, net, lisse, déshumanisé, uniformisé et impersonnel, dépouillé de toute nature, entièrement façonné par la main de l’homme. L’individu disparaît alors totalement de la société …"

Extrait tiré du site http://blogs.lecolededesign.com/lettres/2013/05/02/bienvenue-a-gattaca/

Après avoir regardé ce reportage du site web Histoire TV, vous répondrez à la question suivante de façon argumentée :

- La pratique de l'eugénisme est ancienne et se retrouve dans de nombreuses sociétés humaines. Est-elle pour cela légitime ? A-t-on le droit de sélectionner les êtres humains selon leurs caractéristiques ? Vous apportez une réponse personnelle en utilisant des exemples tirés des documents et de vos connaissances (20 lignes)

 

6)  Le dernier texte étudié est un extrait d'un livre dont la version filmée a obtenu un très grand succès : Divergente de Véronica Roth (2011).

Cinq destins, un seul choix. Tris vit dans un monde post-apocalyptique où la société est divisée en cinq factions : les Audacieux, les Altruistes, les Sincères, les Érudits, les Fraternels. À 16 ans, elle doit choisir son appartenance pour le reste de sa vie. Cas rarissime, son test d'aptitudes n'est pas concluant. Elle est divergente. Ce secret peut la sauver... Ou la tuer.

"Chez moi, il y a un miroir.  Il se trouve à l’étage sur le palier, derrière un panneau coulissant. Les règles de notre faction m’autorisent à m’y regarder le deuxième jour de chaque trimestre, quand ma mère me coupe les cheveux.

Je m’assois sur le tabouret et elle se tient derrière moi avec les ciseaux. Mes mèches tombent par terre en formant de lourds anneaux blonds.

Quand elle a terminé́, ma mère rassemble mes cheveux et en fait une torsade qu’elle noue en chignon. Son calme et sa concentration m’impressionnent. Elle a une longue pratique dans l’art de s’oublier. Je ne peux pas en dire autant.

Je jette un coup d’œil furtif sur mon reflet pendant qu’elle ne fait pas attention ; non par vanité́ mais par curiosité́. On peut changer beaucoup physiquement, en trois mois. Dans le miroir, je vois un visage étroit, de grands yeux ronds et un long nez aquilin. J’ai toujours l’air d’une petite fille, pourtant je viens d’avoir seize ans. Les autres factions fêtent les anniversaires, mais pas nous. Ce serait du narcissisme.

— Voilà, dit-elle en maintenant mon chignon par une épingle.

Son regard rencontre le mien dans le miroir. Il est trop tard pour que je le détourne. Pourtant, au lieu de me réprimander, elle sourit à notre reflet. Je fronce les sourcils. Pourquoi ne me gronde-t- elle pas ?

- Alors, c'est le grand jour, ajoute-t-elle.

- Oui.

- Tu te sens nerveuse ?

Je me fixe dans le miroir. Aujourd’hui, c’est le jour du test d’aptitudes, qui va m’indiquer pour quelle faction je suis faite parmi les cinq qui existent. Et demain, à la cérémonie du Choix, je déciderai de celle à laquelle je veux appartenir. Je déciderai du reste de ma vie. Je déciderai de rester auprès de ma famille ou de l’abandonner.

— Non, dis-je. Le test n’a pas à modifier nos choix.

— C’est vrai, acquiesce-t-elle en souriant. Allons prendre le petit-déjeuner.

— Merci. De m’avoir coupé les cheveux.

Elle m’embrasse sur la joue et fait coulisser le panneau devant le miroir. Je me dis que ma mère pourrait être belle, dans un monde diffèrent. Son corps est mince sous sa tunique grise. Elle a les pommettes hautes et de longs cils, et quand elle détache ses cheveux pour la nuit, ils tombent en cascade sur ses épaules. Mais en tant qu’Altruiste, elle doit cacher cette beauté́."

- Relevez dans le texte les passages qui montrent que l'on observe un monde différent et dites en quoi ils décrivent une dystopie. 

 

 

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